En ce mois de mars 2016, le Musée de la Contrefaçon a choisi de présenter un faux tableau signé Maurice de Vlaminck : Le fumeur de pipe

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FUMEUR DE PIPE, FAUSSE SIGNATURE DE VLAMINCK EN BAS À GAUCHE, SAISI ET PLACÉ SOUS SCELLÉ EN AVRIL 1991.

Bien que la contrefaçon des œuvres d’art soit un phénomène ancien, la hausse vertigineuse des prix du marché de l’art attise encore davantage aujourd’hui les convoitises de nombreux escrocs. Loin de se limiter à produire de simples copies des chefs d’œuvres, les faussaires vont jusqu’à inventer de toutes pièces de nouveaux tableaux qu’ils font passer pour l’œuvre de tel ou tel artiste. Pour tromper de naïfs acheteurs, ils usent de tous les artifices, à commencer par l’imitation appliquée d’une célèbre signature. Ils inventent une appartenance à une collection ancienne, mettent en scène le tableau dans des photographies truquées, ou impriment des catalogues dans lesquels se glissent le faux…

Pour déjouer ces astuces, les experts ont désormais recours à l’imagerie scientifique : l’analyse chimique lèvera le doute en révélant la présence d’un pigment ou d’une colle moderne ; la radiographie montrera le rajout tardif d’une signature.

Dans le cas de ce fumeur de pipe, l’examen a justement démontré de manière imparable que la signature mentionnant le nom de Vlaminck est beaucoup plus récente que le tableau. Elle ressort en effet nettement sous lumière UV, preuve qu’elle a été apposée bien après la touche finale. L’étude des matériaux indique en revanche que les pigments et le vernis sont anciens. Dans ce cas, soit le contrefacteur s’est procuré le matériel dans un vieux stock de papèterie, soit le tableau était bel et bien ancien mais anonyme… et le faussaire n’a eu qu’à apposer la signature falsifiée pour décupler la valeur de l’œuvre. La supercherie est faible car ce tableau ne ressemble à aucune œuvre de Vlaminck !

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IMAGERIE SOUS RAYONS ULTRAVIOLETS CABINET D’EXPERTISE GILLES PERRAULT, EXPERT AGRÉÉ PAR LA COUR DE CASSATION. SOUS LUMIÈRE UV, LA SIGNATURE RESSORT TRÈS CLAIREMENT AU-DESSUS DE LA COUCHE PICTURALE.
 

Maurice de Vlaminck (1876-1958).

Peintre autodidacte, Vlaminck refuse de se former en copiant dans les musées afin de ne pas perdre ou affadir son inspiration. Sa forte personnalité se traduit dans une peinture à la pâte grasse, généreuse, et aux touches larges et sûres, dans laquelle la qualité expressive de la couleur prend souvent le dessus sur la composition. Au salon d’automne de 1905 dit « La cage aux fauves », il est l’un des peintres qui font scandale aux côtés d’Henri Matisse, André Derain et Raoul Dufy.

Guy Ribes

Comme l’indique le scellé du tableau, ce faux Vlaminck a été saisi en 1990 au domicile de Guy Ribes. Arrêté en 2005, ce dernier est l’auteur d’une autobiographie publiée en 2015, Autobiographie d’un faussaire, dans lequel il admet avoir produit entre 2000 et 5000 faux tableaux durant plus de trente ans. Au cours de son procès, il a reconnu 350 faux de sa main, signés des plus grands noms de la peinture : Picasso, Léger, Chagall, Renoir, etc.

Le 2 mars 2016 est sorti en salles un documentaire qui lui est consacré : Un vrai faussaire, du réalisateur Jean-Luc Léon.

 

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