En octobre, le Musée de la Contrefaçon a choisi de présenter plusieurs faux dessins du peintre Ivan Klioune.

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Depuis la montée en flèche des prix du marché de l’art, le nombre de tableaux contrefaits s’est multiplié, générant un commerce illégal de plusieurs milliards d’euros chaque année. Le marché de l’art russe, qui connait une forte croissance depuis les vingt dernières années, est particulièrement touché. Les tableaux d’avant-garde sont les plus prisés et l’on estime aujourd’hui qu’il en existe plus de faux que de vrais.

Les faussaires ne manquent pas d’imagination lorsqu’il s’agit de créer de nouveaux tableaux, soi-disant d’époque. Par exemple, pour les œuvres sur papier, ils découpent les feuilles aléatoirement puis les teignent de manière artificielle. De cette manière, le papier semble vieilli naturellement et parait donc plus authentique. Le développement de méthodes scientifiques poussées telles que l’examen sous microscopie optique ou l’analyse sous fluorescence ultraviolette a permis de repérer avec plus de précision ce type de supercheries. Dans le cas des dessins constructivistes d’Ivan Klioune, l’analyse au microscope a démontré que les papiers avaient été découpés aux ciseaux et les bords brunis avec du thé.

 

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    Analyse microscopique d’un des desins d’Ivan Klioune révélant la teinture au thé (image: Gilles Perrault)

Les contrefacteurs se tiennent cependant au fait des avancées scientifiques. Cela leur permet d’adapter leurs techniques afin de produire des œuvres de plus en plus difficile à analyser. Par exemple, certains vont jusqu’à acheter des supports et des pigments de l’époque à laquelle le tableau aurait été peint. Les analyses chimiques utilisées par les experts ne sont alors plus suffisantes pour déterminer l’authenticité du tableau. C’est le cas des carnets d’aquarelle d’Ivan Klioune. Les experts ont prélevés des pigments dans chaque zone de couleurs et les analyses ont révélés que ces derniers dataient de 1920 : ils sont donc compatibles avec l’époque présumée des œuvres.

 

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  (image: Gilles Perrault)

C’est finalement grâce au savoir-faire de l’expert que la piste de la contrefaçon a pu être suivie. En effet, il s’est rendu compte que les formes géométriques de chaque aquarelle étaient très similaires : elles correspondaient, en fait, à celles d’un gabarit, outil industriel qui n’est apparu qu’après les années 1950. Cette révélation a été complétée par l’analyse au microscope qui a révélé une ligne de dessin régulière, correspondant à une mine de critérium, produit commercialisé dans les années 1930.

 

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(image: Gilles Perrault)

Ivan Klioune (1873-1943)

Ukrainien d’origine, Ivan Klioune commence sa formation artistique en 1890 dans une institution privée de Moscou avant d’intégrer l’Académie des Arts de Saint-Pétersbourg. Klioune est associé aux nombreux mouvements avant-gardistes qui ont marqué l’histoire de l’art russe du début du XXe siècle. Il est très proche de Kasimir Malevitch, chef du groupe Supremus, qu’il rencontre en 1907. Tout comme ce dernier, il produit d’abord des tableaux cubo-futuristes avant de se tourner vers l’esthétique suprématiste caractérisée par des formes géométriques épurées et une palette de couleurs limitée. Klioune participe à la célèbre exposition futuriste « Tramway V » ainsi qu’à la « Dernière exposition futuriste de tableaux 0,10 » qui marque la naissance du mouvement suprématiste.

 

Pour aller plus loin: Livret de visite Ivan Klioune

 

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